À l’ère du numérique, dès qu’on évoque la notion du code, on converge quasi systématique vers le codage informatique alors que notre quotidien « naturel » a toujours été une suite d’actions de déchiffrage, d’apprentissage et d’abstraction de codes tant éthiques et déontologiques que vestimentaires et de langage, ou encore des codes bancaires et d’accès à l’Internet. Certes, dans la vie quotidienne, nous apprenons à encoder / décoder instinctivement (de façon volontaire ou involontaire), mais dès qu’il s’agit d’une action d’enseignement et d’apprentissage programmé, nous sommes aussitôt conduits dans des situations de rupture avec le comportement « naturel » du quotidien. Pire encore quand il s’agit d’apprendre à coder en langage informatique ! Nous prenons aussitôt des postures spontanées de résistance et de rigidité parfois insurmontables (des « ruptures » et des « obstacles épistémologiques » comme les définit Gaston Bachelard). La volonté et la motivation, la prédisposition et les prérequis, mais aussi la méthode pédagogique et les conditions du contexte deviennent dès lors des paramètres essentiels pour surmonter ces obstacles et ces formes de résistance. Comment ces éléments prennent-ils forme dans le périmètre de l’enseignement du code informatique aux enfants ? Quels sont les arguments et les contre-arguments dans ce débat qui promet d’être passionnant dans la progression de notre société vers un nouveau modèle d’humanisme numérique « congénital » ?

Enseigner le code informatique aux enfants a toujours produit des résistances. Certains parents tendent souvent à négliger, consciemment ou inconsciemment, l’idée de l’enseignement du code informatique aux enfants sous prétexte qu’il s’agit d’une matière (on ne savait même pas si c’était une matière scientifique ou technique) que seuls les candidats aux métiers informatiques devaient apprendre à des niveaux avancés de leur scolarité. On l’aurait donc bien compris : l’éducation est encore administrée par celles et ceux qui dans leurs propres cursus étaient formés dans une conception de spécialisation disciplinaire verticale. Le refus à toute idée d’enseignement du code informatique n’est donc pas seulement issu d’une prétendue immaturité intellectuelle des enfants, mais aussi d’une classification des sciences qui aurait engendré une ségrégation arbitraire entre des esprits dits « scientifiques » et d’autres qualifiés de « littéraires » ou « artistiques ». Le code informatique, à l’instar des maths ou de la physique, serait dans la logique de cette ségrégation courante, l’apanage des initiés au raisonnement scientifique et technique et donc peu, voir nullement, accessible aux modèles de pensées dans les arts, les lettres et les Sciences Humaines et Sociales (SHS). Entre l’enfant et le spécialiste en SHS, chacun en fonction d’un « handicap cognitif » qui lui est attribué, se voit exclu arbitrairement de la culture du code informatique.

L’informatique évoluant rapidement, il faut faire preuve d’une extrême adaptabilité pour pouvoir rester opérationnel, notamment, car il s’impose au sein de tous les secteurs. Il est donc maintenant devenu indispensable d’en maîtriser les bases, que l’on soit avocat ou encore secrétaire. La solution actuelle ne serait-elle donc pas de mélanger la culture du numérique avec l’enseignement et pratique avec les initiatives ?

Enseigner le code informatique, c’est se libérer de l’hybridation analogique-numérique qui a marqué notre propre formation, et préparer une nouvelle génération de « Digital natives » plus enracinée dans une culture d’avenir que nous n’avons pas le droit de freiner ou ralentir. À des moments différents et à des endroits différents, nous et nos parents avons appris à cultiver des légumes, à construire une maison, à forger une épée ou à souffler un verre délicat, à faire du pain, à créer un soufflé, ou à écrire une histoire. Maintenant, c’est à notre tour d’enseigner à nos enfants quelque chose qui correspond à leur avenir : le code informatique qui sera la clé de leur monde comme le livre l’était du nôtre. Nous devons leur apprendre à coder, sans que ce soit une fin en soi, mais plutôt comme un moyen qui les préparerait aux transformations qui auraient modifié leur environnement de vie lorsqu’ils seront actifs et productifs. Notre monde se transforme rapidement et tant de choses que nous avons déjà produites avec la mécanique et l’industrie comme le feu et le fer, ou des outils tels que le crayon et le papier, sont maintenant conçus et produits par et pour le code. Présenter des programmes informatiques aux enfants peut être un défi, en particulier pour ceux qui ne connaissent pas les nuances du code. Heureusement, au cours des dernières années, un certain nombre d’ateliers, comme ceux proposés à la Toulouse Code Academy, ont été produits, ce qui rend le sujet du codage informatique, qui a été souvent complexe pour beaucoup d’entre nous, une chose évidente pour les générations futures.

Comme du temps de la Renaissance, de la révolution industrielle ou de l’ère informatique, il y aura toujours des réticences et de la résistance au changement, mais comme l’affirme si bien Alexandre Vialatte le romancier et chroniqueur français né en 1901 « Rien n’arrête le progrès. Il s’arrête tout seul. ».